Kinshasa — Les difficultés liées à la desserte en électricité prennent une nouvelle dimension à Kinshasa. Alors que plusieurs quartiers de la capitale congolaise sont confrontés à des coupures récurrentes, une pétition citoyenne réclame davantage de transparence, de communication et de solutions durables dans la gestion du service électrique.
Lancée le 28 septembre 2026 par Bernadette Mudumbi, la pétition intitulée « Électricité à Kinshasa : nous demandons transparence, communication et solutions durables » affirme avoir mobilisé 5 316 signataires selon une mise à jour relayée le 5 octobre. Une autre mise à jour citée dans la presse faisait état de 5 324 signatures, ce qui montre que le nombre évolue au fil de la mobilisation.
Des coupures qui alimentent l’inquiétude
Dans plusieurs secteurs de Kinshasa, les interruptions de fourniture électrique sont devenues une préoccupation importante pour les ménages et les acteurs économiques.
Selon les initiateurs de la pétition, certaines coupures peuvent durer plusieurs heures, plusieurs jours, voire davantage dans certains secteurs. Ils dénoncent surtout le manque d’informations permettant aux consommateurs de comprendre l’origine des interruptions, la durée prévisible des travaux ou encore les modalités de rétablissement du courant.
La pétition ne porte donc pas uniquement sur l’absence d’électricité. Elle met également en avant la question de la communication entre la SNEL et ses abonnés.
Les citoyens demandent davantage d’informations
Les pétitionnaires souhaitent notamment que les consommateurs soient informés lorsqu’une interruption est programmée et qu’ils puissent recevoir, lorsqu’une panne survient, des informations sur la zone concernée, la nature générale du problème lorsqu’elle est connue, les interventions en cours et, lorsque cela est techniquement possible, une estimation du délai de rétablissement.
La pétition propose notamment l’utilisation de plusieurs canaux : SMS, WhatsApp, réseaux sociaux, médias et plateformes numériques.
Pour les initiateurs, une meilleure communication permettrait aux ménages, commerces, entreprises et structures essentielles de mieux s’organiser face aux interruptions.
Un impact qui dépasse les ménages
Les conséquences des coupures d’électricité ne se limitent pas à l’éclairage domestique.
À Kinshasa, une interruption prolongée peut perturber le fonctionnement des petits commerces, des entreprises, des établissements scolaires et des structures sanitaires. Les ménages peuvent également être contraints de recourir à des solutions alternatives telles que les groupes électrogènes, les batteries ou les installations solaires.
Ces solutions représentent toutefois des dépenses supplémentaires pour les consommateurs.
La pétition souligne ainsi que la question de l’électricité est également une question économique et sociale, dans une capitale où une grande partie des activités dépend directement ou indirectement de la disponibilité de l’énergie.
Les principales revendications de la pétition
Les signataires demandent notamment :
– Une communication claire lors des coupures programmées ou imprévues ;
– La publication, lorsque cela est possible, d’un programme de délestage ;
– Une facturation plus transparente et facilement compréhensible ;
– Une procédure accessible pour vérifier les compteurs en cas de consommation jugée anormale ;
– Un meilleur suivi des travaux et des interventions ;
– Un système moderne de traitement et de suivi des réclamations ;
– La publication d’indicateurs sur la qualité de la desserte ;
– Un état des lieux de l’électricité à Kinshasa, commune par commune et zone par zone ;
– Une meilleure information des consommateurs sur leurs droits et les voies de recours ;
– Ainsi qu’une évaluation de la réforme du secteur de l’électricité et du développement d’alternatives énergétiques.
La question de l’ouverture du secteur électrique
La démarche citoyenne soulève également la question de la diversification des acteurs du secteur de l’électricité en République démocratique du Congo.
Les pétitionnaires demandent notamment que les possibilités offertes par le cadre légal puissent favoriser davantage le développement de producteurs indépendants, opérateurs privés, partenariats public-privé, mini-réseaux, installations solaires et autres solutions énergétiques décentralisées, dans le respect de la réglementation.
La pétition précise toutefois que son objectif n’est pas nécessairement de remplacer la SNEL, mais de favoriser le développement de solutions capables de répondre à l’ampleur des besoins énergétiques du pays.
La SNEL face à ses propres défis
La Société nationale d’électricité reste l’acteur central de la fourniture électrique en RDC. Sur son site officiel, la SNEL met notamment en avant ses services d’abonnement, de raccordement, de paiement et de suivi des consommateurs. Elle indique également que ses clients peuvent contacter son support aux numéros 177 ou 188.
La société fait par ailleurs face à des enjeux techniques et sécuritaires importants dans la capitale. En août 2026, la direction générale de la SNEL avait notamment engagé des discussions avec les autorités concernant l’occupation des emprises situées sous certaines lignes à haute tension dans plusieurs quartiers de Bandal. La société avait alors mis en avant les impératifs de sécurité liés aux infrastructures électriques.
Ces différents éléments montrent que les difficultés de la desserte électrique ne relèvent pas uniquement de la production. Elles concernent également le transport, la distribution, la maintenance des équipements, la sécurité des infrastructures et la gestion de la relation avec les consommateurs.

Une mobilisation qui interpelle également les pouvoirs publics
Au-delà de la SNEL, les revendications concernent également les institutions publiques chargées de l’énergie et de la régulation du secteur.
Les initiateurs de la pétition annoncent vouloir transmettre le document aux institutions compétentes, notamment à l’Assemblée nationale, au Sénat, au Gouvernement, au ministère chargé de l’Électricité, à l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité, à la SNEL ainsi qu’aux autorités provinciales concernées.
L’objectif annoncé est d’obtenir des réponses officielles et, dans la mesure du possible, des informations sur les mesures envisagées pour améliorer la desserte.
Une question désormais au cœur du débat public
Avec plusieurs milliers de signatures annoncées en quelques jours, la pétition traduit une préoccupation qui dépasse la seule situation d’un quartier ou d’une commune.
À Kinshasa, l’attente exprimée par les signataires porte autant sur la disponibilité du courant que sur la prévisibilité, la transparence et la qualité du service.
La question centrale devient donc celle-ci : comment améliorer durablement l’alimentation électrique d’une métropole en pleine croissance tout en donnant aux consommateurs les informations nécessaires pour comprendre les interruptions auxquelles ils sont confrontés ?
Pour les pétitionnaires, la réponse passe par davantage de données, une meilleure communication, un suivi des interventions et des investissements dans les infrastructures.
Entre coupures et solutions durables
La mobilisation intervient alors que la question énergétique demeure l’un des enjeux majeurs du développement de la RDC.
Une amélioration durable de la desserte de Kinshasa nécessitera non seulement des investissements dans la production, mais également dans le transport et la distribution, la modernisation des postes et lignes électriques, la maintenance, le stockage et le développement de sources complémentaires telles que le solaire.
La pétition portée par Bernadette Mudumbi entend ainsi transformer le mécontentement lié aux coupures en une démarche citoyenne axée sur des demandes précises : être informé, comprendre, suivre les interventions et voir des améliorations mesurables.
Pour l’heure, la mobilisation se poursuit. Reste à voir quelle réponse la SNEL et les institutions concernées apporteront à cette interpellation citoyenne.
À Kinshasa, derrière chaque coupure, se pose désormais une question plus large : comment garantir aux citoyens une électricité plus fiable, mais aussi un service plus transparent et plus prévisible ?




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