Par Ralph Ferdinand Kambu
« Ingénieur en Génie électriques, Informatiques Appliquées, Chercheur en systèmes énergétiques, énergies renouvelables et nouvelles technologies »
Résumé
La dégradation de la desserte électrique observée à Kinshasa en septembre 2026 met une nouvelle fois en évidence la vulnérabilité d’un système électrique fortement dépendant de l’hydroélectricité. Selon les explications communiquées par la Société Nationale d’Électricité (SNEL), la baisse saisonnière du niveau des eaux de la rivière Inkisi affecte la production des centrales hydroélectriques de Zongo et réduit la puissance disponible pour l’alimentation de la capitale. Des rotations de délestage pouvant atteindre environ huit heures sont rapportées dans certains secteurs.
Le présent article propose une réflexion scientifique autour d’une stratégie combinant hydroélectricité, solaire photovoltaïque, stockage électrochimique, automatisation, prévision et intelligence artificielle.
L’objectif n’est pas de substituer brutalement l’hydroélectricité par une autre technologie, mais de construire un système énergétique capable d’absorber les variations de production et de maintenir autant que possible la continuité de l’alimentation.
L’électricité constitue l’un des principaux leviers du développement économique et social. À Kinshasa, la continuité de l’alimentation électrique conditionne directement les activités industrielles, commerciales, administratives, sanitaires, numériques et domestiques.
Or, le système électrique congolais reste fortement dominé par l’hydroélectricité. Les données publiées par l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE) indiquent qu’en 2025, la production électrique enregistrée en RDC atteignait environ 16 451 GWh, dont 15 362 GWh d’hydroélectricité, contre environ 384 GWh de photovoltaïque.
Cette structure du mix électrique présente un avantage majeur : l’hydroélectricité permet de produire une énergie renouvelable à grande échelle. Mais elle présente également une vulnérabilité : la disponibilité de la ressource hydraulique dépend des conditions hydrologiques.
L’épisode d’étiage actuellement observé sur l’Inkisi fournit ainsi un cas concret permettant d’interroger la résilience du système électrique de la SNEL.
L’étiage de l’Inkisi : un facteur direct de réduction de la production
L’étiage correspond à une période durant laquelle le débit et le niveau d’un cours d’eau diminuent de manière saisonnière.
Dans le cas de l’Inkisi, cette baisse affecte directement les conditions de fonctionnement des installations hydroélectriques de Zongo.
Selon les informations rapportées en septembre 2026, la baisse du niveau de l’eau a entraîné des perturbations importantes dans les centrales de Zongo I, Zongo II et Nsanga. À Zongo I, la baisse de la cote du barrage aurait atteint environ deux mètres par rapport au niveau habituel, tandis que plusieurs groupes de production ont été arrêtés.
Cette situation permet de comprendre une relation physique fondamentale :
Débit hydraulique ; Puissance hydraulique disponible ;
Puissance électrique produite.
La puissance hydroélectrique disponible dépend notamment du débit d’eau et de la hauteur de chute.
De manière simplifiée :
P ≈ ρ × g × Q × H × η
où :
P = puissance produite ;
ρ = masse volumique de l’eau ;
g = accélération gravitationnelle ;
Q = débit d’eau ;
H = hauteur de chute ;
η = rendement global du système.
Lorsque le débit Q diminue fortement, la puissance théoriquement disponible diminue également.
Le phénomène observé à Zongo n’est donc pas simplement une question administrative de distribution : il possède une origine physique et énergétique identifiable.

Photo : Rivière d’inkisi
Du déficit de production au délestage
Le problème devient plus complexe lorsqu’on passe de la centrale au réseau.
Supposons que la demande électrique de Kinshasa soit supérieure à la puissance disponible.
On peut représenter le problème de manière simplifiée :
Demande de Kinshasa > Production disponible
Il apparaît alors un déficit :
Déficit = Demande – Production disponible
Lorsque ce déficit ne peut pas être compensé immédiatement par d’autres moyens de production ou par des réserves disponibles, le gestionnaire du réseau doit procéder à des arbitrages opérationnels.
C’est dans ce contexte que peuvent apparaître les rotations de délestage.
La communication rapportée du directeur du Département de Distribution de Kinshasa, Zephyrin Kazadi, établit précisément un lien entre l’étiage de l’Inkisi, la diminution de la puissance disponible et les perturbations de la desserte à Kinshasa, certaines rotations pouvant atteindre environ huit heures.
Il est toutefois important, dans une analyse scientifique, de ne pas attribuer l’ensemble des difficultés électriques de Kinshasa à l’étiage.
L’étiage peut constituer un facteur important du déficit actuel, mais la qualité de fourniture dépend également de nombreux autres paramètres notamment :
· Capacité de production disponible ;
· État des groupes de production ;
· Capacité de transport ;
· Contraintes sur les postes électriques ;
· Capacité des lignes ;
· Pertes techniques et non techniques ;
· Croissance de la demande ;
· Maintenance des infrastructures ;
· Disponibilité des réserves ;
· Contraintes de distribution.
La problématique scientifique est donc plus large que la seule question hydraulique.

Photo : Central hydroélectrique de zongo II
Le véritable enjeu : la résilience du système électrique
L’épisode de l’Inkisi pose une question essentielle :
« Un système électrique fortement dépendant de l’hydroélectricité peut-il garantir une alimentation suffisamment résiliente lorsque les conditions hydrologiques deviennent défavorables ?»
La réponse ne consiste pas nécessairement à réduire le rôle de l’hydroélectricité.
Au contraire, l’hydroélectricité doit continuer à constituer l’un des piliers du système énergétique congolais.
Le véritable enjeu est de développer une complémentarité entre plusieurs ressources énergétiques.
On pourrait ainsi envisager une architecture :
Hydroélectricité + Solaire Photovoltaïque + Stockage + Gestion Intelligente + Réseau SNEL
Cette architecture permettrait de réduire la dépendance à une seule source durant certaines périodes critiques.
Pourquoi intégrer davantage le solaire photovoltaïque ?
Le solaire photovoltaïque présente un intérêt particulier dans cette problématique.
La production hydroélectrique et la production solaire ne dépendent pas exactement des mêmes variables physiques.
On peut donc rechercher une forme de complémentarité :
Hydroélectricité → Production Importante lorsque les conditions hydrologiques sont favorables
Photovoltaïque → Production pendant les périodes d’ensoleillement
Batteries → Compensation des écarts temporels entre production et consommation
L’objectif n’est donc pas de considérer le solaire comme un remplacement immédiat de Zongo, ce qui serait techniquement simpliste.
L’objectif serait plutôt de développer un mix énergétique complémentaire et pilotable.
Cette question est particulièrement pertinente pour la RDC puisque les données de l’ARE montrent que la production photovoltaïque reste encore très faible par rapport à la production hydroélectrique : environ 384 GWh de photovoltaïque contre 15 362 GWh d’hydroélectricité en 2025.
Il existe donc un espace considérable pour développer des capacités photovoltaïques complémentaires.

Photo : Illustration d’un mini station solaire
Une opportunité scientifique pour la RDC
Cette problématique dépasse largement le cas particulier de l’Inkisi.
Elle peut être étendue à d’autres régions et à d’autres systèmes électriques de la RDC.
Le pays dispose d’un potentiel hydroélectrique considérable, mais son système doit également faire face aux contraintes liées à la variabilité hydrologique, à l’expansion de la demande et aux besoins d’investissement dans les infrastructures.
La question fondamentale devient alors :
« Comment passer d’un système électrique principalement fondé sur la disponibilité instantanée de la ressource hydraulique à un système énergétique diversifié, prévisible, flexible et intelligent ?»
La réponse pourrait se trouver dans l’intégration de plusieurs technologies :
Une évolution importante du cadre réglementaire
Cette orientation scientifique est également cohérente avec l’évolution récente du cadre juridique congolais.
L’Ordonnance-loi n°25/025 du 5 février 2025 modifiant la législation sur le secteur de l’électricité introduit notamment les notions d’énergies renouvelables, transition énergétique, efficacité énergétique, maîtrise de l’énergie, hydrogène vert et stockage. Elle prévoit également la création d’un Service national de dispatching.
Cette évolution est importante pour la recherche.
Elle signifie que le stockage et les énergies renouvelables ne doivent plus être considérés uniquement comme des solutions expérimentales ou périphériques : ils sont désormais explicitement intégrés dans le cadre du secteur électrique congolais.
Conclusion
L’épisode actuel d’étiage de l’Inkisi constitue un rappel concret d’une réalité fondamentale du système électrique congolais : la disponibilité de l’électricité ne dépend pas uniquement de la capacité installée, mais également de la disponibilité effective des ressources, de l’état des infrastructures, de la demande et de la capacité du réseau à gérer les variations de production.
La communication de la SNEL permet de comprendre le rôle immédiat de l’étiage dans les difficultés actuelles de desserte de Kinshasa. Mais, du point de vue scientifique, cette situation doit surtout être considérée comme un cas d’étude permettant de réfléchir à la résilience du système électrique national.
L’objectif ne devrait donc pas être d’opposer hydroélectricité et énergies renouvelables. Mais il devrait être de construire une complémentarité énergétique intelligente.
L’hydroélectricité pourrait continuer à constituer le socle de la production, tandis que le solaire photovoltaïque, le stockage et les outils numériques pourraient contribuer à absorber les variations, améliorer la flexibilité du système et réduire l’impact des périodes de déficit.
La véritable transformation serait alors de passer progressivement :
D’un réseau dépendant de la disponibilité instantanée de ses ressources vers un système énergétique prédictif, flexible, diversifié et intelligent.
C’est dans cette perspective que la recherche scientifique peut apporter une contribution concrète à l’amélioration du secteur électrique de la République démocratique du Congo.
L’étiage de l’Inkisi n’est donc pas seulement un problème de manque d’eau : il constitue un laboratoire réel pour réfléchir à la prochaine génération du système électrique congolais.
Écrit par Kambu Vangu Ralph Ferdinand
Ingénieur en Génie électriques, Informatiques Appliquées, Chercheur indépendant en systèmes énergétiques, énergies renouvelables et nouvelles technologies
Téléphone : +243 895 273 984 – +243 817 362 900
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Un article très pertinent qui met en lumière une réalité essentielle : notre système électrique reste fortement dépendant des conditions hydrologiques. La baisse du débit de l’Inkisi affecte directement la production de Zongo et, par ricochet, la desserte de Kinshasa.
Au-delà de la gestion de l’urgence, cette situation doit nous pousser à penser une véritable résilience énergétique : diversification des sources, modernisation du réseau, anticipation des périodes d’étiage et surtout recours aux outils numériques pour une gestion intelligente de la production et de la distribution.
L’enjeu n’est donc pas seulement d’avoir plus d’électricité, mais de construire un réseau capable de mieux résister aux aléas et de garantir une fourniture plus prévisible aux ménages, aux entreprises et aux structures de santé.
Effectivement, si on connaît déjà les vrais problèmes, alors quittons la phase expérimentale à l’ application de possibilités pouvant nous amener à une desserte en énergie électrique équilibrée